JJ & Will sur la route...


Vous connaissez, mon ami, les trois points de la côte normande qui m’agréent le mieux, le Bourg-d’eau, Le Tréport et Etretat ; Etretat avec ses arches immenses taillées par la vague dans la falaise, Le Tréport avec sa vieille église, sa vieille croix de pierre et son vieux port où fourmillent les bateaux de pêcheurs, le Bourg-d’eau avec sa grande rue gothique qui aboutit brusquement à la haute mer. Eh bien, rangez désormais Biarritz avec Le Tréport, Etretat et le Bourg-d’eau parmi les lieux que je choisirais pour le plaisir de mes yeux, dont parle Fénelon.
Je ne sache pas d’endroit plus charmant et plus magnifique que Biarritz. Il n’y a pas d’arbres, disent les gens qui critiquent tout, même le bon Dieu dans ce qu’il fait de plus beau. Mais il faut savoir choisir : ou l’océan , ou la forêt. Le vent de mer rase les arbres.
Biarritz est un village blanc à toits roux et à contrevents verts posé sur des croupes de gazon et de bruyère, dont il suit les ondulations. On sort du village, on descend la dune, le sable s’écroule sous vos talons, et tout à coup on se trouve sur une grève douce et unie au milieu d’un labyrinthe inextricable de rochers, de chambres, d’arcades, de grottes et de cavernes, étrange architecture jetée pêle-mêle au milieu des flots, que le ciel remplit d’azur, de soleil, de lumière et d’ombre, la mer d’écume, le vent de bruit.

Le Voyage aux Pyrénées
Victor Hugo - 1890