JJ & Will sur la route...


Quelle belle journée niçoise, devant moi, au dessous de moi ! Comme hier, cette heure de midi nous donne tout ce qu’elle peut : un soleil qui empêche de penser et d’agir, une brise d’été. Il y a deux voiles penchées sur la mer, et, au dessus de la mer, un aéroplane lointain. La route, fraîchement arrosée, fait une piste sombre, reposante aux yeux, réservée au automobiles longues, qui s’élancent comme des poissons, et aux lentes voitures de place dont le cocher mâche un brin de mimosa. Au-delà, la Promenade aveugle, blanche, sous les pas des flâneurs et des chiens en laisse. C’est une foule presque sans enfants. On compterait sans peine les petites jambes nues qui courent, ou les paquets trébuchants, tout neigeux de baptiste et de dentelle comme celui d’hier... Nice est une ville pour grandes personnes...

L’Entrave
Colette - 1913