JJ & Will sur la route...


Saint-Pierre a toujours fourni de tout temps des maisons où l’on vend l’innocence et le plaisir. Ce marché se concluait pour trois francs comme pour une somme folle.
Ces maisons, situées ordinairement dans le quartier de la ville qui s’étend de la rue Pesset à la rue Lucy et quelquefois dans la partie basse de la rue Bouillé, étaient divisées en petites chambres comme les loges d’un colombier, dans lesquelles on trouvait quelques meubles dévernis et démodés. (...)

Les directrices de ces petites hôtelleries complètes étaient des femmes qui avaient mené une vie pleine de travers et des plus malicieuses. (...)

Parmi ces femmes, une était connue comme la plus apte à fournir de belles femmes ou à louer à meilleur compte une chambre garnie pour une nuit. Elle s’appelait Dada Bourette.

A quinze ans, déjà svelte, belle avec ses seins fermes et mignons, de grands yeux noirs, une croupe forte, basse et bien faite, elle avait plu, entre autres adorateurs, à un négociant qui lui donna une chambre bien meublée, comme c’est l’usage. Elle resta donc deux ans en bonne entente avec son homme qui était marié et qui ne pouvait l’entretenir longtemps. Elle devint plus belle, et ses beaux yeux noirs prirent un charme qui fascinait tout le monde. Les libertins firent pour elle folies sur folies et parvinrent, les uns avec plus de facilité que les autres, à jouir de ses faveurs. On la citait déjà comme une des meilleures fouteuses de la ville et chacun voulait connaître les trésors qu’elle cachait sous des dehors aussi attrayants. (...) Son commerce prit de l’extension et, quand on parlait de Dada Bourette, chacun trouvait à relater quelques scènes scandaleuses qui se seraient passées chez elle.

Une nuit d’orgie à Saint-Pierre, Martinique
Effe Géache - 1892